Du bon usage des résultats au test de QI (Arielle Adda pour le Journal des femmes, avril 2018)

Arielle Adda Chroniques Journal des femmes  Arielle Adda, nous parle ici des tests de QI et, des usages des ces résultats. Publiée sur le journal des femmes le 18/04/2018.

 Psychologue depuis plus de trente ans, Arielle Adda, a travaillé avec des enfants comme avec des adultes. Elle s'est spécialement intéressée aux problèmes des enfants doués. Elle fait des conférences sur le sujet dans toute la France.

 

Voici les premières lignes de cette chronique très intéressante :

On a beau s’évertuer à répéter qu’un test constitue, en premier lieu, une grille de lecture, mais qu’il fournit aussi des indications essentielles sur la façon dont fonctionne un enfant, de nombreux parents ont encore tendance à se contenter du résultat global.

 

Au vu du chiffre,  leur enfant est considéré comme un "enfant doué", ils peuvent donc, en toute légitimité, s’inscrire dans les associations consacrées à ces enfants et lui permettre de fréquenter des semblables, comme il le leur a été recommandé. Le chiffre du QI leur sert de sésame et aussi parfois d’explications à toutes ses réactions.

Il serait alors normal qu’il refuse certaines activités : sa personnalité est déjà bien affirmée, ses goûts bien prononcés et son caractère, fort et déterminé, laissent penser que ses refus sont définitifs et  absolument irrévocables. Des arguments particulièrement convaincants, persuasifs et surtout étayés par une logique irréfutable, ne sont même pas toujours suffisants pour amener un enfant entêté à accepter de tenter une activité qu’il estime peu attrayante. Lui non plus ne manque pas d’arguments pour démontrer à ses parents que leur insistance est inutile et qu’ils perdent un temps précieux à vouloir l’inciter à se soumettre à leurs suggestions.

 

On pense en conséquence que toute tentative de persuasion serait vouée à l’échec et on fait confiance à l’enfant doué pour s’arranger avec ses quelques faiblesses qu’il sait si bien compenser en classe.

Persévérer dans des injonctions qu’il ne veut pas entendre  serait s’engager dans un affrontement vite transformé en guerre de tranchée gâchant la vie familiale : si un enfant refuse résolument de faire du judo, ou un sport quelconque, du dessin, du théâtre,ou  de la musique, il s’avère vite inutile de tenter d’infléchir cette attitude obstinée.  Il est plus sage de ne pas appliquer les préconisations du psychologue : après tout, il a vu leur enfant  une seule fois, il ne peut pas le connaître aussi bien que ses parents qui le pratiquent depuis des années. On ne va pas tenter de lui imposer des activités, peut-être utiles à son développement, mais qui ne lui plaisent pas.

Ces parents sont confortés dans ce repli pacificateur   par la conviction que cet enfant trouvera certainement au moment opportun les ressources nécessaires pour compenser une défaillance  sans doute passagère. Sa scolarité se déroule si bien !

La tentation est grande de reléguer au plus profond l’avertissement qui leur a pourtant été répété : quand un enfant doué, tellement habile dans bien des domaines, affirme d’un ton péremptoire qu’il n’aime pas l’activité qu’on lui propose, c’est simplement parce qu’il n’est pas du tout assuré de la réussir et il ne veut pas entamer son image par de piètres résultats qu’il sera bien incapable d’améliorer, même en s’y appliquant avec toute son énergie.  La perspective de se trouver dans cette situation honteuse lui fait horreur.

Ses parents ont oublié que les notes aux différents items du test n’étaient pas parfaitement homogènes, mais ce fléchissement pouvait s’expliquer par l’état émotionnel de leur enfant. Dans cette situation exceptionnelle il était bien naturel qu’il soit un peu perturbé. En état de stress, un enfant sensible réagit de façon amplifiée face à une difficulté imprévue surgie dans un "jeu" dont il ignore tout. Sa note moins bonne répercute une réaction émotive, peut-être encore accrue par sa crainte de décevoir ses parents en se montrant maladroit tandis qu’ils le croyaient plus habile.

Le psychologue avait pourtant insisté sur cette faiblesse ponctuelle, même si la note qui la révélait restait très convenable par rapport à l’ensemble des enfants de son âge et cette alerte avait fini par être totalement oubliée.

Quelques années plus tard, généralement au début du collège, cet enfant à la réussite tellement aisée commence à se déprimer, il répète qu’il est "nul", il perd le goût des choses  au point même parfois d’évoquer son utilité sur terre.  On ne le reconnaît plus. Certes,  ses résultats restent satisfaisants, cependant ils accusent une légère baisse, peu surprenante étant donné son état d’esprit.

L’explication est toute trouvée : cet enfant réussissait sans effort, désormais ils sont devenus nécessaires mais il ne sait pas comment procéder.  Il suffirait  qu’il se concentre davantage, qu’il réfléchisse un peu plus longtemps et tout rentrera dans l’ordre. Il ne tient donc qu’à lui, puisqu’il possède de bonnes capacités intellectuelles.

L’angoisse de cet enfant, pratiquement adolescent, est en réalité incommensurable et d’autant plus incompréhensible qu’elle submerge un enfant jusque-là plutôt détendu et heureux de vivre, persuadé qu’il était né sous une bonne étoile lui permettant de réussir facilement.

Les quelques petites pointes d’inquiétude qui le tourmentaient brièvement quand il avait commis une erreur étaient vite apaisées par l’explication qui les justifiaient : les consignes n’étaient pas si claires, lui-même couvait une grippe ou bien il avait été secoué par un événement inattendu, ou attendu, mais bouleversant, comme l’arrivée d’un bébé au foyer par exemple, tout épisode qu’il fallait prendre en compte pour comprendre les raisons de cet accident.

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